1956–2026 | Sept décennies de passion, d’évolution technique et de générations de pilotes.
Il y a des inventions qui changent le cours d’une discipline sans que leurs créateurs en mesurent immédiatement la portée. Le karting est né de cette manière. En 1956, en Californie, une idée simple prend forme autour d’un petit moteur de tondeuse à gazon, de quelques tubes d’acier et de quatre roues. Rien ne laisse alors présager que cette machine artisanale deviendra l’un des piliers du sport automobile mondial.
Soixante-dix ans plus tard, le karting a profondément changé. Les machines sont devenues de véritables outils de compétition, les championnats se sont internationalisés et les circuits ont vu défiler plusieurs générations de pilotes. Pourtant, derrière cette évolution, l’esprit des origines demeure : piloter, se mesurer aux autres et chercher constamment à aller plus vite.
En 2026, la Fédération Internationale de l’Automobile célèbre cet anniversaire. Une occasion de revenir sur une histoire qui dépasse largement celle d’une petite machine de course.

1956 : une invention qui ne ressemblait pas encore à un sport
Tout commence avec deux passionnés américains, Art Ingels et Lou Borelli. Le premier, constructeur et mécanicien dans l’univers de la compétition automobile, imagine une machine compacte à partir de composants relativement simples.
Leur création associe un moteur West Bend de 2,5 chevaux, initialement destiné à une tondeuse à gazon, à un châssis constitué de tubes d’acier fabriqué par Art Ingels.
La conception est dépouillée : une pédale d’accélérateur, un frein à main et un volant à trois branches. Pas de sophistication inutile. Le pilote est directement confronté à la machine, à ses réactions et aux limites de son adhérence.
À l’origine, ce petit véhicule sert notamment à se déplacer dans les paddocks des courses automobiles. Mais son potentiel récréatif apparaît rapidement. Les amis se retrouvent pour rouler, bricoler leurs machines et organiser leurs premières confrontations.
Le karting vient de trouver son premier terrain d’expression.
Des parkings américains aux premières compétitions
À la fin des années 1950, les karts commencent à se multiplier aux États-Unis. Les parkings de supermarchés deviennent des lieux de rassemblement pour les passionnés. On y construit, on y échange des conseils mécaniques et surtout, on y organise des courses.
L’activité prend rapidement une dimension collective. En 1957, le Go Kart Club of America est créé pour encadrer les compétitions et donner une première organisation à cette pratique en pleine expansion.
Ce développement est révélateur : le karting n’est plus seulement une invention amusante. Il devient une discipline dans laquelle les participants veulent progresser, améliorer leur matériel et se confronter dans un cadre sportif.
Avant même la fin de la décennie, le phénomène traverse l’Atlantique. Des démonstrations et des événements permettent au karting de faire ses premiers pas en Europe.
Une nouvelle page s’ouvre. La petite machine américaine commence à conquérir le monde.
1962–1964 : le karting se structure à l’échelle internationale
La croissance rapide de la discipline rend nécessaire la mise en place de règles communes. En 1962, la FIA crée la Commission Internationale de Karting. Sa mission consiste notamment à définir les catégories et les règlements techniques.
Cette décision marque un tournant majeur. Le karting entre progressivement dans une organisation sportive internationale, avec des compétitions structurées et des bases techniques communes.
En 1964, le premier Championnat du monde de karting est organisé. La discipline franchit alors une étape décisive : elle dispose désormais d’une compétition mondiale qui vient consacrer les meilleurs pilotes.
La suite de son développement sera également marquée par des évolutions mécaniques importantes. L’apparition des moteurs montés latéralement, puis des karts à boîte de vitesses, élargit les possibilités techniques et sportives.
De nouvelles catégories apparaissent, les championnats se développent et le karting construit progressivement son propre patrimoine sportif.

Les premiers grands noms d’une discipline en construction
Comme tout sport qui se développe, le karting finit par faire émerger ses figures historiques.
Parmi elles, François Goldstein occupe une place particulière. Il remporte cinq titres mondiaux entre 1969 et 1975, établissant une référence qui restera longtemps remarquable.
Dans les années 1980, le Britannique Mike Wilson va encore plus loin en remportant six titres mondiaux. Son palmarès devient l’un des plus impressionnants de l’histoire de la discipline.
Ces champions participent à installer le karting dans le paysage international du sport automobile. Ils démontrent que cette discipline possède ses propres exigences, ses propres références et un niveau de compétition particulièrement élevé.
Le karting ne se contente plus de former des amateurs passionnés : il produit ses propres légendes.

Le premier virage vers les grandes carrières automobiles
Au fil des années, le rôle du karting dans la formation des pilotes prend une importance considérable.
La FIA rappelle notamment qu’Alain Prost fut le premier d’une longue série de pilotes issus du karting à devenir champion du monde de Formule 1.
Cette passerelle entre le karting et les grandes disciplines automobiles s’est progressivement imposée. Le kart permet d’acquérir très tôt des réflexes essentiels : comprendre les trajectoires, gérer les freinages, anticiper les dépassements, travailler sur les réglages et apprendre à prendre des décisions sous pression.
Mais la formation ne se limite pas au pilotage.
Un jeune compétiteur découvre également le fonctionnement d’une équipe, le travail avec les mécaniciens, l’analyse des performances et la préparation d’une course. Chaque séance devient une occasion d’apprendre.
C’est précisément cette richesse qui explique pourquoi le karting reste aujourd’hui un passage fondamental dans le parcours de nombreux pilotes professionnels.

Aujourd’hui, une discipline mondiale à part entière
En 2026, le karting est pratiqué par des millions de personnes à travers le monde, aussi bien dans un cadre de loisir que dans celui de la compétition.
Son organisation s’étend des épreuves de clubs locaux aux championnats internationaux organisés sous l’autorité de la FIA.
Le Mondokart.com FIA Karting World Championship représente l’un des rendez-vous majeurs de cette pyramide sportive. En 2026, les championnats du monde des catégories OK et OK-Junior se disputent sur le circuit de La Conca, dans le sud de l’Italie, avec près de 200 pilotes engagés.
Ce rendez-vous illustre parfaitement le chemin parcouru depuis les premières courses organisées sur des parkings américains.
La discipline dispose désormais de catégories identifiées, d’une réglementation internationale, de constructeurs spécialisés et d’un environnement sportif professionnel.
Pourtant, le principe fondamental reste inchangé : c’est toujours le pilote qui doit faire la différence.
L’accessibilité, le prochain grand défi
Célébrer 70 ans d’histoire ne signifie pas seulement regarder dans le rétroviseur. Pour la FIA, cet anniversaire est également l’occasion de préparer l’avenir.
En 2024, l’organisation a lancé le Global Karting Plan, un programme destiné à rendre le karting plus accessible, plus abordable et plus ouvert aux pilotes de tous horizons.
L’une des initiatives importantes repose sur le format « Arrive and Drive ». Le principe est simple : les concurrents disposent d’un matériel identique, prêté pour le week-end de compétition.
En limitant les différences liées à l’équipement et à la préparation, ce format entend replacer le talent du pilote au centre de la confrontation. Selon la FIA, il permet de réduire les coûts de compétition de deux tiers par rapport aux compétitions internationales traditionnelles.
Des championnats dédiés sont développés en Asie-Pacifique, en Amérique du Sud et en Europe.
L’ambition est claire : permettre à de nouveaux talents d’accéder à la compétition internationale, indépendamment de leur origine géographique ou de leur situation financière.
C’est un enjeu essentiel pour les prochaines décennies. Car le karting ne peut continuer à jouer son rôle de porte d’entrée du sport automobile que s’il reste accessible aux nouvelles générations.
70 ans d’histoire, et toujours la même envie de courir
En 1956, Art Ingels et Lou Borelli construisaient une petite machine dont l’histoire allait largement dépasser leur projet initial.
En 2026, le karting est devenu une discipline internationale, un formidable outil de formation et un univers sportif qui rassemble des millions de passionnés.
Entre ces deux dates, les moteurs ont gagné en performances, les châssis ont évolué, les compétitions se sont professionnalisées et des générations de pilotes ont construit leur carrière sur les circuits de karting.
Mais au-delà des chiffres, des titres et des évolutions techniques, une chose mérite d’être retenue : le karting a conservé sa capacité à faire naître une passion.
Pour certains, tout commence par quelques tours de piste sur un circuit de location. Pour d’autres, par une première compétition régionale, une école de karting ou un week-end passé dans le paddock avec leur famille.
Les trajectoires sont différentes, mais le point de départ est souvent le même : un pilote, un kart et l’envie de recommencer après le drapeau à damier.
Soixante-dix ans après sa naissance, le karting continue d’écrire son histoire. Et les prochains champions sont peut-être déjà en train d’effectuer leurs premiers tours de roue.
1956–2026. 70 ans de karting. Une invention devenue une passion mondiale, et une histoire qui est loin d’avoir terminé de s’écrire.











